Les urnes brésiliennes ont tranché, de justesse. Au soir du second tour, dimanche 25 octobre, Luiz Inácio Lula da Silva a été déclaré vainqueur avec 51,79 % des voix, devant le candidat conservateur Flavio Bolsonaro, crédité de 48,21 %. Presque octogénaire, le chef de l'État sortant s'assure ainsi un quatrième mandat, le troisième à ne pas suivre immédiatement le précédent.
Peu de monde l'attendait à pareille fête. Battu de deux points au premier tour, le dirigeant de gauche a redressé la barre en misant sur l'engagement de ses soutiens, très actifs dans les quartiers comme en ligne. Résultat : l'abstention et le nombre de votes blancs ou nuls n'ont jamais été aussi bas depuis deux décennies. Pour Lula, cette affluence prouve que l'électorat a saisi ce qui se jouait, à savoir la défense de la démocratie. Il a également annoncé sa volonté de s'en prendre à l'emprise des grandes plateformes numériques.
Mais la soirée n'a pas apaisé les tensions. Flavio Bolsonaro a refusé de s'incliner et déclaré qu'il solliciterait l'invalidation du scrutin. Son camp met en cause l'allongement de deux heures de la durée du vote, accordé à la suite d'une requête des partisans de Lula, qui signalaient des obstacles empêchant certains citoyens de rejoindre leur bureau, notamment à São Paulo et à Salvador.
Pour gouverner, le président réélu ne disposera pas d'un boulevard. Trois semaines avant la présidentielle, les législatives ont vu l'extrême droite gagner des sièges, ce qui l'obligera à chercher des compromis pour chacune de ses réformes. À l'extérieur, il dirige l'un des derniers grands exécutifs de gauche du continent, alors que les forces conservatrices progressent ailleurs en Amérique latine, et les rapports avec les États-Unis restent compliqués par des différends commerciaux et diplomatiques.
Il lui faudra encore répondre aux reproches adressés à son Parti des travailleurs, resté lié dans l'esprit de nombreux électeurs aux scandales de corruption des années 2000. Lula, qui avait connu la prison en 2018 avant que sa condamnation ne soit annulée pour vice de procédure, a fait de la Bolsa Família, l'aide aux foyers les plus pauvres, l'un des piliers de sa campagne.
Son bail courra jusqu'en 2030. Il aura alors 85 ans et totalisera seize années à la tête du Brésil, en y ajoutant ses mandats de 2003 à 2010.
E.O.
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